Pourquoi j'ai quitté mon pays

Publié le 18 Mai 2020

Bien qu'étant considéré par mon entourage comme étant quelqu'un de créatif et intelligent, j'ai l'impression de faire parti des plus idiots. Pourquoi? Car je me sens rejeté par le pays où ma famille a évolué au cours des cinq derniers siècles. Je me suis senti obligé de partir. Mon ticket de retour n'existe pas. Comment puis-je ramener à mon pays ce que j'ai appris et découvert à l'extérieur?

J'ai quitté mon pays, la France, car j'ai eu des opportunités ailleurs. Il existe des villes où la violence quotidienne est largement moindre qu'à Paris ou qu'à Marseille. Il existe des villes où la vie culturelle n'est pas réservé à une élite définie par son revenu mensuel. Il existe des pays où l'élite n'est pas définie par les écoles ou les réseaux d'influence qui les ont formés. L'élite française est faite d'entre-soi, d'individus qui ont grandi sur les mêmes bancs, dans les mêmes écoles et par des gens qui n'ont jamais eu à chercher du travail. Le corporatisme est comme la consanguinité. Il précipite le pays dans le non-renouvellement de la classe politique, dans le recyclage des idées qui ne fonctionnent pas. L'ultra libéralisme et la rigueur budgétaire pilotent les présidents de droite comme de gauche. Lorsque le peuple s'exprime il est méprisé et depuis peu est réprimé par le sang (gilets jaunes). Je suis heureux d'être loin de tout cela car je ne peux pas m'identifier à cela. Mais je suis malheureux de voir que toute dissidence, aussi intellectuelle ou créative qu'elle soit, est également réprimée.

La France que j'aime, c'est celle des ambassades, des diplomates, des gens qui savent que les citoyens de l'étranger ont besoin de ressentir la culture française. Il y a une France qui a besoin de culture pour vivre et pour respirer. Il y en a une autre qui souhaiterait voir la culture mourir demain. Celui qui tuera Radio France tuera les français de l'étranger. Certains voient dans les intellectuels un mal parvenant à mettre entre parenthèses la vacuité quotidienne qui nous habite tous. L'idée serait-elle donc de tuer le médecin et non la maladie?

Mon monde, c'est la science, c'est la musique, c'est l'art, c'est la philosophie, la critique, le progrès. Comment revenir dans mon pays d'origine lorsque ces trois piliers de mon existence se retrouvent piétinés sur l'autel de la finance, de la propagande et la "sécurité"? Je cherche un pays qui me donne une sécurité financière, qui saura accueillir le cultivateur de talents que je suis, qui m'acceptera tel que je suis.

Rédigé par Thibs

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