Sociologie: comment pouvoir prédire le pire ?
Publié le 16 Novembre 2015
Les révolutions naissent des évènements rares, mais violents. Les terroristes l'ont très bien compris. En théorie des systèmes dynamiques, les systèmes chaotiques sont stimulés dans des régions de l'espace des possibilités où plusieurs scénarios sont possibles avec la même probabilité. L’évènement rare et violent va forcer le choix à un moment donné, et pousser l'ensemble dans la société dans un chemin qu'elle croit avoir choisi consciemment mais qui n'est finalement que le résultat d'une manipulation par la peur. Comme l'incendie du Reichtag pour la prise du pouvoir par HItler, comme l'invasion de la Crimée par la Russie, comme les attentats terroristes pour le néo-fascisme grimpant en France et en Europe.
La notion de choix n'est rien d'autre qu'une illusion. Qu'est ce que la volonté à l'échelle d'une société ? La volonté est une notion individuelle et sa moyenne sur une population à l'échelle d'un pays est-elle vraiment significative ? N'est-elle pas toujours manipulée par l'opinion ? Les gens sont-ils suffisamment forts de leur esprit pour contrer les champs idéologiques fortement imposés par l'opinion publique, par les media chaque jour, via la tv, les journaux, la radio ? Qu'est ce que l'opinion propose d'autre que des gros titres qui font peur pour pouvoir vendre de l'information temporaire ? Est-ce cela qui doit orienter les choix politiques à moyen terme ? Est-ce cela qui doit guider notre avenir ?
Il serait temps de laisser les grands projets à long terme reprendre leur place. Modéliser le cerveau, la conscience humaine, la société, pour comprendre l'origine de la volonté, de la foi. Là se situe une forme de vérité, et les racines des organes psychologiques que l'extérieur tente de triturer à l'intérieur de nos têtes. Actuellement, il n'y a aucune bienveillance de la part d'autrui. Le seul but, c'est d'avoir notre argent, notre attention, notre temps. En aucun cas une entité, un état ou une entreprise ne voudra vous aider à vous exprimer, à exprimer les besoins d'une société. Ce n'est pas cela qui gouverne. On tente de nous rassurer, de nous faire croire que le gouvernement sait ce qu'il fait. Mais c'est faux.
Les américains et les français attaquent en Syrie pour faire les gros titres, pour rassurer la population, pour faire croire qu'on sait comment régler le problème. Mais c'est profondément insuffisant. Le problème n'est pas localisé. Il est foncièrement délocalisé, et foncièrement ancré dans la théorie de l'émergence, de l'auto-organisation, dans les effets collectifs qui émergent dans la société, dans toute sa complexité. J'aimerais pouvoir prédire ce que deviendra la société de demain. Mais les recherches sont tellement embryonnaires... La "sociophysique", voici son nom. Prévoir qui sera criminel ou terroriste. Quand la modélisation socio-économique pourra-t-elle permettre aux politiques de prendre les meilleures décisions en connaissance, non de cause, mais de conséquences ?
Je pense que la recherche doit vite s'orienter massivement dans cette direction. Car il semble que les terroristes détiennent bien plus de connaissance empiriques que les occidentaux (du moins de l'opinion occidentale - chercheurs et services spécialisés exclus) dans ce domaine. La psychologie et la manipulation psychologique ont été la pierre angulaire de l'exercice du pouvoir au XXe siècle (nazisme, communisme soviétique). Elle continue d'être notre pire ennemi, sauf que cette fois, ce n'est pas de nous-même qu'elle provient, mais de l'autre, garni de sa foi, une force à l'origine neurologiquement inexplicable et au potentiel apparemment infini que nous aimerions désamorcer au plus vite.
Les révolutions découlent des découvertes fondamentales. Elles peuvent être empiriques. Mais elles doivent surtout s'expliquer théoriquement. Sauf qu'en sciences humaines, le cadre théorique exacte au sens de Popper est loin d'être disponible. Ainsi sommes-nous voués à ne rien comprendre de la société pendant encore plusieurs décennies ? Devrons-nous nous battre contre des phénomènes émergents violents chargés d'incompréhension toute notre vie, le tout au cas par cas ? Qui travaille sur ces sujets de société fondamentaux, qui semblent si peu explorés ? Plus le temps passe, et plus j'aimerais en faire parti.
Je viens de voir qu'un appel à projet a été ouvert par le CNRS pour proposer des études fondamentales sur le terrorisme. C'est le moment de postuler! :)
https://news.cnrs.fr/articles/alain-fuchs-our-most-potent-weapons-intelligence-and-knowledge